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Débat sur Les Mythes

 
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Ase


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MessagePosté le: Mer 2 Fév - 09:02 (2011)    Sujet du message: Débat sur Les Mythes Répondre en citant

Que pensez-vous des mythes ? Que nous ont-ils apportés ? Que permet le mythe ?

 
Peut-on, comme Mircea Eliade affirmer que les mythes sont le reflet d'une expérience verticale du sacré et non plus horizontale de l'histoire ? ou comme Claude Lévi-Strauss affirmer que les mythes ont permis une construction philosophique, religieuse et intellectuelle du monde ? ou alors êtes vous plus en adéquation avec le célèbre adage la pensée mythique est à la pensée rationnelle ce que l'image est au concept qui vise à réconcilier les deux ? 

 
Ayant déjà posé cette question auparavant. J'aimerais déplacer ici les différents commentaires des intervenants. 


 
Mitra : 
 
Citation:
Pour moi les mythes sont la relation (le récit) et reflets d'histoires réellement vécu par des anciens, relations orales donc qui se sont modifiées, dont on a perdu certains éléments, rajoutés d'autres, puis mis par écrits ultérieurement.  
Mais de faits dont on a perdu au fur et a mesure la source et la réelle ampleur ou signification, on leur a redonné un sens imaginaire pour en faire une expérience verticale du sacré. 
Pour répondre à la question pourquoi s'intéresser aux mythes. Je les vois comme des jeux de pistes complexes et passionnants pour essayer de remonter à des faits, eux réellement historiques. 

 
Dedale : 
 
Citation:
Objectivement, l'importance de la mythologie est au moins aussi fondamentale que n'importe quel autre secteur de l'anthropologie culturelle. On ne peut pas contourner la culture mythologique, sinon cela consisterait à se détourner de tout un pan de l'histoire, de la pensée et de la psychologie humaine. L'intérêt de la mythologie est qu'elle se présente comme un étalon de la pensée humaine. 

 
La mythologie est l'expression d'un caractère humain qui se construit dans une prouesse linguistique. D'une certaine manière, c'est pareil pour les sciences, sauf que pour les sciences, la prouesse en question n'a de succès que si elle se conforme à la notion de réalité véridique. Mais l'expression d'une prouesse ne se limite pas à l'application de principes rigoureux pouvant être objectivement démontrés, cette prouesse fut de tous temps dominée par l'expression artistique : l'art en tant que langage culturel, donnant naissance à des modèles de figuration stylisée traduisant une identité particulière (entre autre). 
L'art c'est aussi une expérience. Cette expérience est intérieure, et si son caractère est sacré, c'est en tant que tel qu'il s'exprimera et se partagera. Ce n'est pas une posture, c'est un percept qui fait que l'art et la religion sont intimement liés, dans le sens où ils expriment tous deux une reconnaissance de la magnificence que l'homme éprouve en son for intérieur. C'est très paradoxal, car dans l'expression mythologique, on relève tout à fois ce que l'on pourrait considérer comme de l'ignorance divinisatrice, mais dans le même temps, une richesse culturelle capable de compléter toute limitation. Aujourd'hui on peut comparer la mythologie à une sorte de poésie. 

 
Dans la mythologie, les épreuves et la fatalité ne sont jamais dérisoires. On ne meurt pas sans raison. Et si l'on a été brave, alors on se trouve récompensé dans l'au-delà. Cela retraduit un incommensurable souci de l'esthétisme : Nôtre pensée doit être au moins aussi belle qu'une aurore, que le reflet du croissant de Lune sur l'Euphrate, et que la perfection de la Nature. Et le sens caché de nos paroles, le mysticisme profond qu'elles recèlent, doit nous éblouir, comme le ferait une divinité rayonnante de flammes surnaturelles. 

 
Poésie mais aussi cérémonie et parade. La mythologie peut se concevoir comme une forme historique de célébration, d'hymne à la création : ainsi les dieux possèdent-ils des caractères zoomorphiques par exemple, qui rappellent la force et la beauté animale - tout ce que l'homme observe avec fascination et qui interpelle son raisonnement, qui travaille dans sa conscience ou son subconscient, qui se réperctte sur ses pensées et sa vie, mais aussi et surtout dans ses rêves, ses peurs, ses incertitudes, tout comme sur ses ambitions et ses espoirs.  

 
Bref, la mythologie, c'est un art de penser. 
 

Ase :
 
Citation:
Le mythe est donc la rencontre entre le discours et la psychologie.

 
Mais peut-on vraiment exprimer quelque chose dans cet art de penser ? Ce que j'entends par là c'est que puisque le mythe est à la fois intérieur et extérieur c'est alors que le mythe n'est pas un objet d'où son caractère intemporel et à la fois éternel. Puis-je alors exprimer quoique ce soit au travers du mythe ? 
Dedale : 
 
Citation:
Je pense qu'effectivement, on peut dire ça, tout en prenant garde de ne pas considérer le discours mythologique comme celui d'un patient lors d'une séance de psychanalyse. De fait, ce ne sera pas le discours mythologique qui, à proprement dit, permettra d'établir avec certitude les critères psychologiques de tel ou tel peuple. Simplement, lorsqu'on parcourt les récits mythologiques, on y relève des notions rappelant des croyances, des craintes, des questions anthropologiques, sociales, politiques, qui fondent toute philosophie.
Citation:

La mythologie ne fait que confirmer le fait que la psychologie participe à toute forme d'appréhension qui, inévitablement, chez l'homme, en appelle à l'introspection, à la réflexion, et donc à nôtre nature psychologique. Tout nôtre discours s'en trouve par conséquent teinté de nôtre caractère humain : individuel, social, ethnique, culturel, etc. Ce discours devient scientifique lorsque ces notions acquièrent traduisent rigueur et précision. Mais le discours mythologique propre ressemble plus à de l'expressionisme structurel, ce qui lui donne tout à la fois un caractère organisé (panthéons, hiérarchies divines) et un autre caractère qui, lui, flirte avec l'irréel.
Citation:

Le premier facteur psychosociologique qui émerge est l'imaginaire (prob. l'imaginaire populaire). On peut donc avoir un système qui s'établit sur la base de structures rationnelles mais qui se projette dans l'imaginaire, ex : aujourd'hui - science et science-fiction - et explorations telle que celles de la réalité augmentée, qui interpelle et suscite l'imagination et la créativité.  
  
On peut tout à fait imaginer une tribu de cro-magnon quotidiennement confrontée à la réalité impitoyable mais qui dans le même temps repousse les limites de son paradigme : ce qui consiste tout naturellement à sonder l'inconnu ou l'ignoré - et sans autre ressource, il n'y a que l'imagination. le propre de l'imagination est de s'étendre indéfiniment, tout en laissant sur son chemin autant de questions insatisfaisantes. C'est à dire qu'on peut toujours s'imaginer que le monde s'étend au-delà de l'océan, mais la véritable impulsion sera de partir pour l'explorer.  
  
On a donc des mythologies fondatrices dans le sens où ce qui a été imaginé, figuré sous une forme expressionniste, traduit des réalités, des besoins vitaux, structurels ou des épreuves réelles. D'autres mythologies, telles que celles figurant les genèses, traduisent plus précisément des questionnements fondamentaux et existentiels, tels que ceux concernant l'origine de la vie, et la tentative de l'homme de se situer dans le cosmos, en faisant appel à des balises cosmographiques, dont la cosmogonie est issue. D'autres encore traduisent plus particulièrement des faits historiques prestigieux, des prouesses héroïques et magiques, etc. D'autres encore des histoires originelles pouvant être antérieures à la Création.  
  
La mythologie rassemble toute la panoplie qui constitue la transmission culturelle, c'est à dire toutes les notions pour lesquelles telle ou telle culture doit être considérée avec respect, et dont on doit reconnaître la grandeur, la richesse mystique/spirituelle - mystique car le coeur d'une culture, sa plus profonde intimité, est le siège d'un grand mystère - et quoi de mieux, pour démontrer la maîtrise de ce mystère, que de l'instituer et de lui donner corps?  
  
Donc oui, psychologie mais étendue à l'anthropologie et la métaphysique de l'animal que nous sommes.  
Ce que l'on peut exprimer, c'est justement ce qu'il y a de plus incertain et évident, chez l'homme : le fil conducteur de l'existence humaine qui s'en remet à une bonne part d'imaginaire, pour être spontanément perpétué. L'idée intéressante de la mythologie, c'est que l'homme se voit dialoguer avec des puissance surnaturelles. Il y a double satisfaction : l'homme se voit privilégié d'avoir une telle importance à la vue des grands esprits cosmiques que sont ses dieux, ce qui le conduit à penser, que les dieux sont satisfaits de l'homme.  

Citation:

Cela peut être considéré comme une interprétation naïve : l'homme cherche à plaire à des entités imaginaires et cela plait de façon imaginaire à ces entités. Mais si l'on prend en compte le caractère esthétique de toute fable, le discours mythologique devient la transcription occultée, initiatique, métaphorique, d'un discours rationnel, pouvant être éventuellement critique, à l'instar de la poésie, ou de la SF. 
  
Dans le sens où "plaire au dieux" signifie simplement "prendre ses responsabilités", "faire ce qu'il se doit". Pourquoi donc un discours métaphorique? Simplement pour ne pas se retrouver confronté à l'autorité. Ce qui fait que dans le discours mythologique, il y a toujours un aspect complaisant avec l'autorité politicoreligieuse ou ancestrale, cultuelle. Ce qui introduit un caractère tout politique, oeuvrant principalement pour le prestige, mais aussi surement, pour l'espoir.  
  
Politiquement, la mythologie, c'est la vision pour la vision. Vu que le destin de l'homme est scellée par les puissances surnaturelles, le but politique est d'offrir une vision à la hauteur de ce concept : l'homme brave et responsable, conscient de l'importance sacrificielle, est protégé des grands dieux - c'et la définition du guerrier, du soldat, du patriote, mais aussi, plus fondamentalement, de toute personne oeuvrant pour la perpétuation et pour la vie, pour la salvation (du corps comme de l'âme). 

 
  
Ase : 
 
Citation:
J'ai l'impression que pour réellement saisir le discours du mythe, nous ayons besoin d'une grammaire associée qui nous permette de saisir la symbolique sous-jacente au discours ce afin de faire disparaître le caractère évanescent du mythe.

 
Dedale : 
 
Citation:
C'est la notion d'identité culturelle qui est complexe et qui joue le rôle fondamental du sens des mythes. La grammaire peut jouer le rôle de codification - elle permet de ne pas créer d'assimilation trompeuse, comme "céleste" et "extraterrestre", "ouranien" et "ouranide", "Géant" et "géant", ....

 
Ase : 
 
Citation:
Le mythe est alors à la fois un art de penser et un art de raconter un récit (grec mythos).
Citation:

Et la problématique du mythe proviendrait du fait, que d'une simple expression d'un récit ou d'une réalité elle puisse devenir expression d'une vérité, d'un discours sur une vérité. On est face à la querelle très ancienne entre le logos et le mythos.

 
Dedale : 
Citation:
Le mythe est un "art de penser, art de s'exprimer, de raconter, de transmettre...".  
L'exemple des grecs est un peu particulier, du fait que leur écoles antiques sont les principales fondatrices des sciences logiques. Donc les grecs ont effectivement les premiers cherché à séparer la croyance de la science, d'où l'apparition du scepticisme, de la zététique - dans le sens où les grecs ont été parmi les premiers grands démystificateurs, critiques. 
Mais dans le même temps, les civilisations anciennes du Croissant Fertile, et leur culture mythographique très riche, est demeurée un objet de fascination pour les penseurs, et ceci jusqu'à l'époque romaine, et au-delà. 

 
A ces époques, les cosmogonies et les sciences étaient étroitement liées : d'une certaine manière, il n'y avait aucune différence fondamentale -> la théologie est l'ancêtre du paradigme scientifique du fait qu'elle explore un questionnement identique. 

 
Ase : 
Citation:
Comment partir explorer le « monde des dieux » (un monde qui par construction est coupé de notre propre monde) ? Ou comment tout simplement parler du « monde des dieux » par l’exercice imaginaire que décrit le mythe ? 

 
Le mythe ne peut pas décrire ce monde car il ne l’observe pas directement, par contre le mythe en tant qu’art effectue une méta-observation s’exprimant par la contemplation du réel. En ce sens, je te rejoins totalement lorsque tu parles d’expressionnisme structurel, qui doit se distinguer de l’expressionnisme fonctionnel (l’art de la science). 
  
Dans cette méta-observation, le mythe flirte avec la psyché humaine, qui essaye de répondre à des besoins, aux nécessités humaines. En ce sens le mythe se compare à une théorie (d’ailleurs theorein en grec signifie observer dans le sens de contempler), le mythe cherche à faire sens des besoins. Or les besoins inhérents de l’humain sont tournés vers la métaphysique (« qui suis-je ? », « où vais-je ? », « « quel est mon rôle ? »). 
Le mythe construit alors des cosmogonies, des théories, des croyances existentielles qui rendent compte des nécessités humaines. Cherchant à expliquer la place de l’homme dans l’Univers, il se crée un anthropomorphisme céleste dans lequel l’homme est projeté dans le ciel. Les hommes du Néolithique exprimaient clairement cela puisque certains des plus anciens mythes concernaient la voûte céleste ou encore l’antagonisme de forces complémentaires dépassant les simples rapports des relations découlant de la nature humaine. 
  
Fonctionnant par analogie, le mythe s’exprime au travers de la pensée magique : l’homme gravite autour de cette pensée qu’aujourd’hui on appelle animisme ou panpsychisme. Le mythe exprimait une ode à la nature, une poésie dans laquelle l’objet et le mot pour le décrire n’étaient pas indifférenciés. Ce qui est le propre du symbolisme. 
  
Se tournant vers la rationalité, l’homme à perdu ce naturel enchantement. 
La science ne faisant que redécouvrir celui-ci. L’homme de jadis vivait et évoluait dans la non localité des phénomènes, aujourd’hui nous redécouvrons cette non-localité. 

 
Ce trait est caractéristique de l’évolution psycho-historique : l’enfant sent, comprend intuitivement, puis adulte il expliquera ce ressenti de façon intellectuelle. Comparativement, l’homme vivant au travers du mythe est cet enfant. Pour cet enfant comme pour cet homme du mythe, le Soleil vit, vibre et cette vie s’exprime par un mouvement, mouvement créateur qui nous fait être. L’enfant transcende l’espace et le temps pour rejoindre la pensée magique, la non-localité. L’homme adulte est l’homme scientifique qui à appris à analyser le besoin de cet enfant, il rationalise le besoin, le place dans un contexte catégoriel, il réalise le rêve du Prométhée eschylien, il défie ce ciel dans lequel il est placé, et par là il émancipe sa conscience. Il comprend que le Soleil est procréateur car de sa fournaise endiablée se réalise l’hydrogène, l’hélium, l’azote, le carbone, l’oxygène et tout un tas de minéraux qui constituent la biologie de l’homme. L’homme se comprend par ce regard porté vers le ciel. 
 

 
Dedale : 
Citation:
C'est discutable. Il y a différentes approches. Il est tout aussi difficile de décrypter ce qui constitue le paramètre fondateur d'une mythologie, que ce qui relève de l'esprit mythographique. Assurément, la plupart des mythes montrent ce qui semble être une grande qualité d'esprit, capable d'interpréter, de mettre en scène, des faits déterminant de l'histoire ancienne des peuples. Le mythe retraduit une histoire ancienne qui n'est pas le fruit d'une analyse historique, d'une description détachée et objective, mais d'une édification identitaire socioculturelle (et cultuelle). Dans le sens où le "monde des dieux" n'est pas un monde physique tel que pourraient le considérer le sciences, mais un monde institué selon des codifications ethno-culturelles, lesquelles répondent à une sacralisation : cette sacralisation fait que les notions permettant de déterminer l'univers, le sciences, relèvent du sacré, de l'exclusivité initiatique - géométrie, math, Ecriture sont des expressions du divin, et ce divin ne peut trouver corps que dans un haut idiome, un langage tout à la fois poétique et métaphysique, qui retraduit un plaisir évident dans le discours philosophico-esthétique. 
  
Tout langage élaboré, descriptif de principes occultes, mystiques, mythologiques, mais aussi scientifique, et hermétique. Ce n'est jamais un langage commun. Rien n'est plus symbolique qu'un langage scientifique. Du point de vue symbolique, dans la globalité linguistique, il n'y a que très peu de différence entre un tableau rempli d'équations d'Einstein et un pan de mur du temple d'Ombos, couvert de hiéroglyphes. Le système symbolique fonctionne comme un principe d'équation : d'une certaine manière c'est l'ancêtre des sciences qui, pour élaborer leurs modèles explicatifs, en appellent à la figuration graphique. 

 
Tout symbole obéit à une architecture géométrique. Le fondement de la mythologie, c'est la science. Et la science, c'est ce qui permet d'explorer le monde divin, de pénétrer au coeur du sanctuaire cosmique. 
Mais à partir de cela, on peut appeler "science" aussi bien nos science contemporaines, que les fruits méthodiques que l'on tire de nos expériences (gnothi sauthon).  
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MessagePosté le: Mer 2 Fév - 09:02 (2011)    Sujet du message: Publicité

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Ase


Hors ligne

Inscrit le: 21 Jan 2011
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Localisation: Strasbourg

MessagePosté le: Mer 2 Fév - 09:18 (2011)    Sujet du message: Débat sur Les Mythes Répondre en citant

Ase : 
Citation:
Est-ce que ce besoin qu'exprime l'homme de s'identifier à ces "histoires anciennes" reflète une quête de ses propres origines ? Et surtout pourquoi faudrait-il nécessairement que chercher à savoir qui je suis revienne à chercher à savoir quelles sont mes origines ?
 
Citation:
Je me pose ces questions suite au débat que nous avons eu récemment et dans lequel une des idées évoquées était que la construction de mon identité passait par la connaissance et l'acceptation de qui je suis réellement et simplement. Est-ce que ce que je suis se définit par un passé mémorisé ou bien par un présent continuel renouvelé à chaque instant ? Dans le premier cas, on donne raison à la recherche de ses origines car elles nous édifie dans notre connaissance et notre acceptation de notre identité. Dans le deuxième cas, la quête de ses origines ne traduit nullement la clé de la compréhension de qui je suis. 
Dans le mythe comme dans la psyché humaine cette connaissance oscille entre imaginaire et réalité, entre subjectivité et objectivité et il y a bien sûr d'autre similarités. Pour autant, peut-on faire du mythe une recherche de ses racines lointaines, ou doit-on considérer que le mythe se définit ainsi par erreur et ignorance. 
  
Avec cette vision d'adulte dont on a parlé plus haut, ce que nous apprend la science est qu'il s'agit d'une erreur. 
Par comparaison avec la biologie par exemple, notre identité biologique ne se forge pas sur un substrat immuable (comme nous l'avons déjà vu) et qui correspond à notre génome puisque notre identité n'est pas figé, elle se construit dans une relation de dynamique permanente avec l'environnement (qui module l'expression de nos gènes), ne serait-ce que parce notre génome évolue, change, s'adapte, subit des mutations spontanées, dans lequel même ce qui semble figé présuppose une dynamique d'actions et de rétroactions (rendu possible par le travail des enzymes par exemple). De la même façon l'identité de tout être vivant est construite tout au long par ses interactions avec son environnement, qui contribue à en faire un être unique et individué par des caractéristiques que lui seul possède. 
  
En conséquence de quoi, de même qu'il est faux de penser que notre organisme est une auto-construction à partir de ses gènes, gènes qui sont présents sous forme de potentialité génétique dès notre conception aux origines, et donc qu'ils constitueraient la clef de notre identité. De la même façon, il serait inexact de penser que la quête des origines soit d'une quelconque manière un moyen de répondre à qui nous sommes. Ce n'est que dans le présent que l'homme se construit, que l'homme peut se connaître. 
  
Par conséquent je pense qu'il est juste de dire que le mythe se définit ainsi mais en n'oubliant pas que c'est par ignorance. 
  
Ce n'est pas parce qu'on regarde le ciel aujourd'hui, ou la voûte céleste anciennement, que cela répondra à qui nous sommes ! Cela répondra à certaines questions concernant le "comment à un moment donné" mais on ne pourra jamais se baser la-dessus pour se définir réellement. 
Sans oublier que pendant longtemps l'observation du ciel a été entachée d'erreurs grossières (pensons à ces peuples andins qui en regardant les Pléiades pensaient qu'elles avaient un effet sur leur culture de pomme de terre) 
  
Dedale : 
Citation:
Disons que la mythologie peut être vue sous un angle anthropologique, culturel, qui donne accès à des paradigmes fondateurs, de la sémantique primordiale, primitive. Objectivement, c'est une information aussi valable qu'une autre. Connaître une mythologie revient à connaître la culture des peuples, c'est à dire concrètement, à étendre nôtre propre paradigme. 

 
Ce que nous cherchons, je suppose, est une forme de continuité dans la pensée, dans les systèmes de pensée. Cela permet de définir en partie ce à quoi nous nous identifions. C'est à dire que pour être ce que nous sommes à l'instant où nous le sommes, il y a un processus qui connaît une origine et une évolution duquel l'identité, elle même en évolution, émerge. L'identité, c'est le principe qui définit les critères, les caractères, de l'entité. Dans l'instant, nous sommes une entité, et nous possédons une identité formée, structurée, qui opère selon certaines connexions auxquelles elle est rattachée pour exister.  
  
Note : Il n'y a pas de rupture entre les anciens paradigmes et les nôtres. Les anciens paradigmes sont le sédiment des nouveaux.  
  
L'identité est un kaléidoscope. Ce qui détermine l'être humain est à la fois naturel et culturel, mais à la base, si nous sommes à la recherche de ce qui détermine le fait objectif d'être humain parmi les autres êtres vivants, les critères sont seulement naturels. Le critère naturel, objectif, qui mène donc sur une voie scientifique, fait que nous sommes des animaux pensants parmi d'autres, qui possèdent une identité naturelle comme tous les organismes complexes en général. Quel est l'être qui ne possède pas ses caractères propres, une identité naturelle issue d'une longue sélection de particularités propres à l'espèce mais aussi reconnaissables en chaque individus? La nature est certainement la plus grande ennemie de l'uniformité.  
  
D'une certaine manière, cette identité là, naturelle, n'a aucun besoin de questionnement existentiel, elle a seulement besoin d'être connue et approfondie, déterminée en fonction de nos connaissances objectives : Que suis-je? Que suis-je dans l'univers? Quelles sont mes distinctions en tant qu'humain, qu'est-ce qui caractérise l'individu que je suis dans le milieu qui est le mien? Que puis-je faire de fonctionnel, de nécessaire, en fonction de ce que je suis? Quelles sont les solutions les plus objectives possibles de l'humain ?  
  
N'est-ce pas le même questionnement objectif que l'on trouve dans les anciens mythes, les anciennes religions, les anciennes philosophies ? Ou est la différence entre le questionnement qualifié de spirituel et celui qui est qualifié de scientifique ? Les méthodes diffèrent, évoluent, se perfectionnent, mais l'impulsion et la finalité est très comparable. 
  
Seulement, l'identité, ça ne s'arrête pas là. Il existe, pour certains, une quête des origines, mais étudier, s'intéresser, aux origines culturelles, n'est pas forcément une quête exclusive ou même sacralisée; c'est tout simplement l'ingrédient nécessaire à une personne attirée par la linguistique, la culture, l'histoire. Cela reflète une partie de l'identité mais pas l'identité en elle-même. D'ailleurs il serait très difficile de déterminer en quoi consiste l'identité, qui peut être une notion très relative. 
  
Identité au sens métaphysique, scientifique, voire mathématique, philosophique, psychologique, socioculturel, voire ethnique ? Ou simplement, cette identité que je perçois moi personnellement et qui m'appartient, et à laquelle je peux donner diverses limites ou extensions? Identité qui fait que je sélectionne et m'approprie certains profils, tout comme je peux en innover certains autres, qui me sont harmoniques? Identité réelle, virtuelle, synthétique, syncrétique, réflexologique, dominance de certains traits gagnants, customisés au fil du hasard, des contingences ou systèmes auxquels il n'y a pas d'autres choix que de s'adapter, se conformer, ou se révolter, pour exister ?  
  
L'identité, c'est aussi le chemin particulier que l'on se trace ou se fraie : le dessein ou la lutte ?  
  
La mythologie nous apprend une chose : 
  
Nous sommes, c'est certain.  
Mais sommes-nous bien tels que nous le pensons ?  
Avec le recul, en tournant le regard vers les origines, nous pouvons répondre : Pas forcément.  
  
Donc, le mythe se définit bien par l'erreur, l'ignorance, dans le principe, mais aussi par le dur apprentissage de la vérité positive. Car il en faut peu pour qu'une pensée, une parole, une info, ne soit qu'un mythe sans aucune finalité. Tout comme il en faut peu pour qu'une réalité véridique perde son authenticité en raison d'une expression trop romancée, trop esthétique. 
  
La différence avec un mythe fondateur, structurel, qui lui, possède autant de finalité qu'une science. La vérité consiste souvent et simplement à débusquer le mensonge. 
 

 
Dedale : 
Citation:
L'art et la science sont les deux face d'une même médaille. L'art, c'est l'art de penser et de traduire le monde. La science c'est la compréhension de ce monde. Mai bien évidemment, ce n'est pas aussi binaire, c'est beaucoup plus nuancé. Traduire le monde suggère qu'on le comprend, ou du moins qu'on suppose en explorer ses secrets. Ainsi la distinction netre l'art et la science n'est pas aussi formelle qu'on pourrait l'entendre : c'est ainsi que dans l'histoire ancienne, on trouve des cosmologies qui sont tout çà la fois des systèmes inspirés aussi ben par des modèles archéoscientifiques (cosmographie, math, géométrie) que par des modèles ethno-linguistiques, dont le fondement est affilié à des notions purement symboliques. La connaissance était donc jadis un matériau sacré, une oeuvre sacralisée de l'esprit, pouvant éventuellement être révélée - par des voix intérieures par exemple.
 

 
Ase : 
Citation:
Ne peut-on pas dire qu'en se tournant vers la rationalité, l'homme à perdu ce naturel enchantement ?
 

 
Dedale : 
Citation:
Oui et non, disons. L'émerveillement subsiste. mais la prouesse d'autrefois qui se traduisait par un discours ou une expression hautement esthétique à cédé sa place à la prouesse technique et à la démonstration, ce qui jadis était considéré comme relevant de la magie. Mais le goût de l'esthétisme n'est pas perdu, simplement, il se transforme, mais se réfère toujours aux grandes oeuvres de l'histoire, et notamment les oeuvres caractérisées par l'art sacré, qui restent un objet de fascination - et en particulier pour les sciences.
 

 
Dedale : 
Citation:
Pourquoi donc un discours métaphorique ? Simplement pour ne pas se retrouver confronté à l'autorité ?
 

 
Ase : 
 
Citation:
Alors dans ce cas pourquoi crée-t-il des hiérarchies chez les dieux et dans le ciel ? 

 
Je pense que le discours métaphorique est le meilleur moyen de rejoindre la non-causalité, la non-localité. D’imprégner le champ de la connaissance humaine pour toute l'éternité. Le récit du mythe est un enseignement qu'il convient de décoder, un enseignement sur les lois de la nature et qui est inscrit dans la structure même du mythe. La vérité qu'annonce le mythe est que l'homme est une métamorphose de l'histoire et en tant qu'histoire il est à la fois éternel et temporel, microcosme et macrocosme. 

 
L'histoire est composée d’évènements historiques, or un évènement est une discontinuité dans l'écoulement du temps, l'évènement est donc par nature dynamique. L'histoire est donc la suite de toutes les discontinuités enchevêtrés dans l'écoulement du temps. En tant que métamorphose de l'histoire, il est métamorphose de cette dynamique, il est donc appeler à métamorphoser l'acte dynamique de son être et par là cette métamorphose implique que l'homme n'a pas à maîtriser l'histoire il est juste le participant, l'instrument de la réalisation des évènements. 

 
Donc si le mythe emploi un discours métaphorique, selon cette interprétation, c'est parce que le mythe dans sa méta-observation annonce un méta-mythe où l'homme est métamorphosé. Le mythe agit alors comme un champ d'interaction où des forces antagonistes s'expriment au travers de l'univers microscopique et macroscopique à l'image des fractales modernes. 
  
Ce qui peut également rendre compte de cette incessante dialogique (qui prend l'apparence d'un dialogue) avec les puissances surnaturelles et qui rend compte de cet aspect magique dans lequel les dieux sont fortement anthropomorphisés et sont le reflet de tendances naturelles (associés à des forces, à des interactions, à des nations, à des comportements, etc.). 
 
 

 
Dedale : 
Citation:
La hiérarchie, c'est quelque chose de naturel. Le ciel et les dieux se définissent naturellement comme des hiérarchies supérieures. On ne peut pas les décrire autrement. 
Ce qui définit réellement l'autorité, c'est le pouvoir et la crainte.  
  
Par exemple, si on prend l'Odyssée ou l'lliade, Homère fait de dieux des êtres faibles et rancuniers - ce qui constitue une véritable hérésie, une atteinte à l'autorité religieuse, et une connivence espiègle de cet auteur avec les sceptiques, les zet de l'antiquité grecque. 
  
Pareillement, l'histoire de Seth, l'assassin d'Osiris, est-elle une accusation grave de la vilenie des dynasties pharaoniques qui s’entre-tuaient pour avoir le pouvoir et régner sur l'empire. 
  
Mais les puissants aimaient donner leurs faveurs aux mythographes, du fait que l'expression métaphorique, la poésie mythologique, faisaient de leur culpabilité, de leur cruauté, une sorte de fatalité cosmique bénite par les dieux. C'était le destin des rois que de tuer leur propre chair pour atteindre la gloire et le pouvoir. 
 

 
Mitra : 
Citation:
Si je devais faire au niveau antique une hierarchie je mettrais  Mythes Sumeriens > Mythes Babyloniens et Perses > Mythes Egyptiens > Mythes Grecs > Mythes Romains (mais bon ça reste subjectif)
 

 
Ase : 
Citation:
Ce que m'inspire ta phrase, c'est la question de l'évolution des mythes : comment les mythes évoluent-ils ? Des mythes anciens aux mythes modernes. 
 

 
Dedale : 
Citation:
Disons qu'en considérant l'apogée de ces civilisations antiques - sumériens en premier et romains en dernier - ton analyse n'est pas fausse. Mais il faut considérer qu'il existe un décalage entre l'apogée d'une civilisation et ses mythes, dans le sens où ces derniers sont des récits d'histoires anciennes devenues légendaires, qui ont été transformées, avec le temps, en épopées divines, en théogonie. Donc les mythes de l'antiquité sont des avatars d'histoires anciennes, antérieures à la période où elle furent écrites, instituées, dans l'antiquité. En d'autres termes, un mythe antique était déjà une histoire ancienne dans l'antiquité. 
  
Secundo, si l'on considère la mythologie d'un point de vue très global, il existe probablement un tronc commun, très ancien à tous les mythes. Même si ce n'est pas au niveau ethnique, géographique, cela peut être sur le plan linguistique. C'est à dire que les peuples les plus originels se sont retrouvés confrontés aux mêmes mystères qui, instinctivement, les fascinaient, et aux mêmes nécessités : l'eau, la lune pour les saisons = la chasse et la cueillette, les étoiles et les points cardinaux pour se repérer, la flèche pour exprimer une direction, des traits et des points pour compter, etc. Et petit à petit une base analogique, simple, efficace et compréhensible, s'est ainsi développée, et puis ensuite, devenue de plus en plus complexe, pour composer des langages figuratifs spécifiques, dont les symboles véhiculent des idées qui peuvent être abstraites ou concrètes. C'est à dire qu'en fait, certains symboles ont une forme universelle non pas parce qu'il sont issus d'une unique culture originelle, mais parce que ce qu'ils représentent est communément visible par tous : la lune (croissant/cornes), le soleil (un disque entouré de rayons), la mort (un crâne), la moisson (une faux), le labeur (la charrue), etc.  
  
D'autre part, dans les langages figuratifs, la forme n'est pas forcément associée au son : la figuration peut être assez fidèle à l'idée. Quand on retrouve une scène de chasse peinte sur les parois d'une caverne, il n'y a pas lieu de mystifier l'idée qui a été exprimée par ces ancêtres. Dans ce genre de figuration, une flèche est une flèche, et un animal est un animal. Mais dans l'expression figurative, nos anciens pouvaient utiliser des principes, des chartes, des codifications, qui ne relèvent plus d'une culture primitive, mais au contraire d'un système de pensée qui connait une philosophie très poussée, constituée d'abstractions géométriques et numérales. C'est ce que semble receler le langage idéographique par exemple, dont les symboles véhiculent des idées principielles qui n'ont rien à envier à nos propres systèmes linguistiques modernes.  
  
On peut comparer le langage idéographique à une sorte d'algèbre, véhiculant tout à la fois l'idée d'un principe ou d'une chose, et une valeur numérale : une croix vaut 4 parce que 4 points cardinaux, 4 éléments, 4 saisons, 4 quartiers de lune... Donc pour exemple, un symbole composé d'un croissant plus une croix donne Cérès, une déesse sélénique, chtonienne, qui régit la terre (végétaton, climat, saisons, etc). Cérès est personnifiée comme une déesse olympienne, mais en fait elle traduit un principe cosmogonique exprimée par son symbole, c'est à dire son caractère idéographique qui précise des traits particuliers, déterminants, de la déesse-lune.  
  
La mythologie n'est pas toujours directement liée à la cosmogonie, mais cette dernière constitue la clé de voûte des panthéons - sans les panthéons, la mythologie n'observe pas une cohérence d'ensemble. Cela démontre qu'il existe deux formes essentielles de mythologies : celle des histoires anciennes, des épopées héroïques ou morales, et la théogonie à proprement dit, qui est assimilée à une épopée divine éventuellement humanisée, mais qui est en fait la prémisse de nôtre cosmologie, de toute nôtre philosophie. Bien sûr, ces deux aspects du corps mythologique s'interpénètrent. 
  
Mais ce qui donne la cohérence, c'est la théogonie, c'est à dire la création divine. C'est la différence fondamentale avec les systèmes monothéistes qui, eux, mettent l'accent sur la création de l'homme. En fait, dans les théogonies originelles, il y a la création du monde (le cosmos observable) dont la création de l'homme - des humanités - ne sont que des épisodes. Dans une théogonie authentique, l'homme n'a pas la même place centrale que dans une genèse telle que celle de la Bible. Au contraire, la théogonie, c'est seulement l'épopée divine : Des divinités primordiales, génésiques - les Ailleux - qui enfantent de nouvelles générations de dieux qui eux, prennent le monde en main et forment les premières grandes dynasties. Une grande part de cette histoire mythique est très antérieure à l'homme: l'homme apparaît alors que les dieux sont sensés être établis depuis longtemps, avant même que le monde n'ait le visage qu'on lui connaît, avant que le ciel, la lune, la terre, l'océan, ne soient des êtres distincts.  
  
Force est de remarquer que les anciens mythes ne sont pas dépourvus d'intuition et relèvent d'une réalité qui a été observée, puis ensuite surdimensionnée par le langage et l'imagination. Mais si l'on en reste aux idées de base dont la mythologie est une enveloppe, le principe divin peut se traduire comme la désignation de forces génésiques, évolutionnistes, transformistes, qui régissent le cosmos et qui, éventuellement, interagissent avec un individu, ou un peuple. Dans la réalité, des forces naturelles peuvent infléchir le destin d'un individu ou d'une nation. Retransposer la mythologie en réalité revient à réduire la dimension imaginaire et à respecter le sens du langage commun. 
Citation:

Par exemple, dans de nombreux mythes de la création, on retrouve souvent l'idée que l'homme fut formé de l'argile : l'homme blanc de l'argile blanche, le rouge de l'argile rouge, le noir de l'argile trop cuite, etc. Bien sûr, des recherches scientifiques permettent de penser que l'argile fut un vecteur déterminant dans l'émergence des premiers germes de vie. Mais n'est-ce pas un peu précipité de comparer des notions scientifiques avec d'anciennes traditions? Bien souvent, dans les anciennes langues, le mot argile est synonyme de limon de la terre. Le limon, c'est la terre fertile, arrosée, sédimentaire, qui a vu jaillir les grandes civilisations. De plus, l'argile n'est-elle pas le matériau des potiers, des modeleurs, qui pétrissent et donnent naissance à des formes aussi bien utiles, fonctionnelles que cultuelles? C'est ainsi qu'en Egypte, Knoum le démiurge était représenté à l'image du potier qui donne forme à l'univers. 

 
 

 
Les théogamies >>> http://www.toutankharton.com/Les-theogamies?artsuite=1 

 
Il faut préciser que le sens d'une genèse varie selon que le paradigme est animiste ou culturel. C'est à dire qu'il existe un homme enfanté par des divinités élémentaires et un autre homme enfanté par des divinités d'empire, selon que la religion est naturelle ou culturelle. Symboliquement d'ailleurs, la Bible, dans la Genèse, exprime l'expulsion de l'homme de son ancien paradigme originel qui était strictement naturel. C'est très certainement par opposition au paradigme égyptien, très dominant à l'époque, qui lui avait conservé un caractère animiste profond.  
  
Maintenant donc, s'il s'agit de définir un tronc commun à la source de la croyance animiste, c'est très difficile. Et il est encore plus délicat de pouvoir y apposer une hiérarchie. Si l'on prend le berceau méditerranéen, avec la Mer Rouge, la Caspienne, et le Golfe Persique, les sources cultuelles semblent être aussi diverses que pouvaient le permettre les possibilités de migrations ethniques. C'est à dire qu'on peut trouver un pôle africain, notamment dans le milieu nilotique, qui donne une ancienne culture métissée de protosémitique et d'africain, et de préhellénique. On a le pôle sumérien dont certaines origines restent mal définies. Ceci est du à l'ancienneté de ces populations et aux évolutions qu'elles ont connu, et notamment à la difficulté d'effectuer des fouilles archéo. complètes dans le secteur, en raison des nombreuses nappes phréatiques. Mais il semble qu'il y ait là aussi un métissage entre des sources indiennes, indo-aryennes, asiatiques, pelasgiques, etc. Et il se peut que l'idiome résultant de ce brassage ne ressemble à aucun autre, d'où la difficulté à l'identifier comme appartenant à un groupe ethnique particulier. IL y a aussi le pôle indoeuropéen.  
  
Donc on a un tronc qui s'alimente à plusieurs origines qui sont toutes aussi anciennes les unes que les autres. C'est à dire qu'on peut trouver les anciens peuples latins, des caractères mythologiques propres, semblant aussi anciens que chez les égyptiens ou les sumériens. Ceci signifiant que l'apogée d'une civilisation ne détermine en rien l'ancienneté des sources mythologiques qui peuvent être très antérieures à la civilisation elle-même. 

 

 
Mitra : 
Citation:
J'ai l'impression que les anciens traitaient au même niveau informationhistoire réelle et ce que nous nous appelons aujourd'hui mythes. 
  
Je m'explique par exemple, prenons une historien lambda de n'importe où qui écrit en grec (le grec c'est comme l'anglais aujourd'hui... la langue internationale). On pourrait attendre d'un historien qu'il ne relate que des faits historiques ! Point du tout. Par exemple sur 20 volumes d'une histoire universelle, les 10 premiers seront de nature mythique. 
C'est un peu comme si aujourd'hui on ouvrait le journal de 20 Heures à la télé en parlant le premier quart d'heure uniquement de fables et de croyances, traitées au même niveau et avec les mêmes méthodes que l'actualité du jour ! 
 
   
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Ase


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MessagePosté le: Mer 2 Fév - 09:48 (2011)    Sujet du message: Débat sur Les Mythes Répondre en citant

Je vais maintenant recopier un extrait du livre Des choses cachées depuis la fondation du monde, p159 de René Girard.


René Girard:


Citation:
Il y a une force prodigieuse une fois qu'on l'a vraiment comprise. C'est ici je n'hésite pas à l'affirmer : l'explication dernière de la mythologie, non seulement parce que d'un seul coup il n'y à rien d'obscur, tout devient intelligible et cohérent, mais parce qu'on comprend du même coup pourquoi les croyants d'abord et à leur suite les incroyants ont toujours passé à côté du secret pourtant si simple de toute mythologie.
Les premiers sont aveugles parce qu'ils font aveuglément confiance à toutes les représentations mythiques, les seconds substituent à cette confiance une méfiance également aveugle et abstraite parce qu'elle porte une fois de plus sur toutes les représentations au même titre.


Si le mythe signifie quelque chose c'est toujours quelque chose d'autre que ce dont il parle directement, les complexes de Freud, la naissance abstraite de la pensée chez Levi-Strauss. On ne souligne pas assez le caractère invraisemblable proprement fantastique de la conception levistraussienne. Il n'est pas raisonnable, il n’est même pas pensable d'attribuer à la mythologie toute entière le projet de Paul Valery dans La jeune parque : décrire la pensée naissante, la conception première, immaculée bien-sûr, de la pensée humaine.


Si surprenante qu'elle paraisse d'abord, la thèse du lynchage fondateur est bien plus vraisemblable que celle de Levi-Strauss. La mythologie pour moi n'a nullement le projet poético-philosophique incroyable que lui attribue le structuralisme.
Son vrai projet, c'est de se remémorer les crises et le lynchage fondateur, les séquences évènementielles qui ont constitués ou reconstitués un ordre culturel.


S'il y a quelque chose de juste et de profond dans l'idée levistraussienne, c'est l'idée que la naissance de la pensée est en jeu dans le mythe. Elle est même plus directement en jeu que n'ose le penser le structuralisme parce qu'il n'y a pas de pensée humaine qui ne naisse du lynchage fondateur.
Là ou Levi-Strauss a tord, cependant, aussi tord que Paul Valery, c'est de prendre cette naissance pour une immaculée conception. Il voit dans le lynchage partout répété une simple métaphore fictive d'une opération intellectuelle seule réelle.


En réalité, tout ici est concret, à partir du moment où on s'en aperçoit. L'imbrication de tout les éléments mythiques devient trop parfaite pour laisser le moindre doute. Ce qui rend Levi-Strass précieux c'est qu'il nous apporte tous les éléments de la genèse vraie sans jamais comprendre à quoi il a affaire : "élimination radicale", "action positivement qualifiée", "fragments négativement qualifiés", etc.
Rien ne manque à l'exception de l'essentiel : le mimétisme des rapports humains qui après avoir décomposé violemment les structures de la communauté déclenche le mécanisme de "bouc émissaire" qui assure leur recomposition.

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Mitra
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MessagePosté le: Mer 2 Fév - 13:27 (2011)    Sujet du message: Débat sur Les Mythes Répondre en citant

J'ai un peu evolué au sujet des mythes au fil de mes recherches.

Aujourd'hui je partagerais assez volontier la definition de Salluste:


"la relation d'un événement qui n'a jamais eu lieu à propos d'une chose qui existe depuis toujours"



Par definition le mythe est une "histoire vraie", dans le sens où elle apporte une explication cohérente au Monde, aux origines , a tel ou telle organisation sociale, politique, pratique religieuse.

Evidemment si on s'arrête à l'histoire contée , elle ne nous apportera pas de vérité historique, par contre dans une investigation historique, elle nous permettra d' apprendre beaucoup sur la sociologie des civilisations.

J'espère qu'on aura l'occasion tres prochainement d'etudier un texte ensemble "Enki et l'ordre du monde" qui illustre parfaitement comment un mythe explique le quotidien d' une société (sumer en l'occurence).
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dedale


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MessagePosté le: Sam 5 Fév - 07:29 (2011)    Sujet du message: Débat sur Les Mythes Répondre en citant

Salut,


Il existe différentes écoles de pensée qui proposent différentes explications de la mythologie. Chez les penseurs modernes, l'argumentation relève de leur spécialité : ethnologie-linguistique, anthropologie culturelle et sociale, psychanalyse, théologie et métaphysique, histoire, sociologie, archéologie, etc. Mais tous ces discours ont une base plus ancienne qui est celle de la philosophie. Toutes ces spécialités qui aujourd'hui se distinguent les unes des autres par des approches spécifiques, faisaient autrefois partie intégrante du domaine philosophique. 


Par ailleurs, la philosophie fut (et est encore) infléchie sous l'influence de dogmes. Un dogme peut être très ouvert à certaines notions mais très réducteur pour d'autres. Dans l'histoire, les mythologies anciennes furent autant un objet de fascination et d'études approfondies qu'un objet de répulsion, ou voire même, d'interdiction. Les dieux des uns furent considérés comme les démons des autres.


L'une des certitudes est que l'homme, animal social et donc organisé, s'est vu stimulé par des pulsions structurelles sans bien comprendre vers quoi ça le menait. On peut penser que, très tôt, l'homme s'est vu réagir comme un utopiste, un idéaliste, pensant que ses progrès uniques dans la nature, l'entraînaient vers quelque chose de sublime, de meilleur. Et de ce fait, à certaines fois, les désillusions ont du être immenses.


La mythologie est le fruit d'une croyance en un destin balisé de signes divins. Le croyant, quel qu'il soit, préféreras toujours penser que ces signes, ces présages, lui octroient le privilège d'une compréhension, d'une lisibilité, d'un monde surnaturel. Et si ces signes existent, c'est en raison d'un rapport sensuel avec le divin : la spiritualité est en quelque sorte une forme de sensualité. Et cette connexion est pour l'homme une "preuve" que les dieux l'aiment, le favorisent, le privilégient. La croyance peut être vue comme une sorte de pari dans lequel on mise son destin.


Mais lorsqu'on a ainsi misé son destin et qu'il y a échec, la violence de ce dernier n'en est que plus grande et que plus injuste. Une question surgit alors : Pourquoi? Le "comment" peut être écarté de ce cas de figure car c'est un véhicule scientifique qui prend en compte l'essence intrinsèque des évènements sans en considérer l'aspect sémantique. Sémantique qui fait que si un évènement survient dans le destin, qui peut être positif ou négatif, il est vu comme une épreuve, un test conduisant à l'échec ou la victoire. C'est une façon d'admettre la fatalité tout en considérant que celle-ci n'est pas le fait d'un hasard, mais d'un dessein.


Donc admettre la fatalité, certes, mais pour mieux la refuser. La pulsion structurelle est par excellence la mère du déterminisme. Si l'on explique pourquoi, alors on est en mesure de savoir comment. L'homme qui ne sait pas "pourquoi" est soumis à la fatalité, n'accède pas à un meilleur "comment".


Pourquoi un culte de la Mort aussi ancien? Parce que l'homme n'accepte pas la fatalité, et la mort en est l'une des plus grandes, des plus imparables. Et ce refus de la fatalité peut expliquer en partie le caractère des mythes.


 Mais il ne peut en aucun cas s'agir d'associer un fait mythique à un fait historique, à moins que cela soit confirmé. Mais un fait de l'histoire ne peut objectivement se superposer à des considérations sémantiques : les faits réels de l'histoire peuvent être naturels, politiques, accidentels, etc, mais pas sémantiques. Or c'est la sémantique structurelle des mythologies qui a longtemps interpellé les philosophes de la période préscientifique ou ceux de la tendance théologique.


Pour les penseurs scientifiques, cette sémantique est en quelque sorte une forme d'art qui peut être rapproché de la poésie, de la romance et qui exprime au même titre des impressions, des émotions, des sentiments, qui contiennent le germe de toutes les fascinations. par fascination, on peut considérer les choses qui nous interpellent, nous inspirent ou que nous pouvons craindre, ou encore qui nous révoltent. C'est à dire des choses qui peuvent être objectives comme appartenant à un monde intérieur, perméable à des notons héritées d'un lointain passé, qui se sont estompées et métamorphosées au fil des générations.


Alors, non pas la mythologie en elle-même, mais le sens ou la morale des mythes, la mise en scène, le structuralisme et le scénarisme offrant une vision cohérente et esthétique d'un monde déterminé par des balises symboliques, offre la conviction que la fatalité n'est qu'un produit de l'ignorance.


Donc, tout comme il y a refus de la fatalité, il y a également refus de l'ignorance.


Le refus de l'ignorance, c'est le savoir. Et la nature du savoir, son exactitude et sa véracité, dépend de nombreux facteurs qui ont évolués au cours du temps. En 3000 avJC, être mythographe, c'était la pointe, le nec+ultra, de la science. Il fallait être tout à la fois philosophe, historien, documentaliste, cosmologue, etc. L'aspect cosmogonique de la mythologie relève de l'archéoscience. 


On peut comparer la mythologie à l'architecture : Pour construire un édifice, même sacré, on aurait pu se contenter de 4 murs et d'un toit. Mais non : On orientait l'édifice selon des notions cosmographiques qui répondaient à l'action de forces cosmogoniques, on l'ornementait de signes aux souches très anciennes, de cartouches emblématiques figurant des scènes théogoniques, on l'apprêtait de couleurs symboliques, etc. 


Définir la mythologie, c'est définir une conscience qui tente d'échapper par tous le moyens, physiques et intellectuel, au piège de l'irrationnel et de l'inculture, en utilisant l'imaginaire, mais aussi la créativité. Il y a donc une relation très intime entre mythologie et art. Cette relation est celle d'une prouesse : d'un envol de l'expression humaine, d'un esprit qui cherche ses muses, et s'il ne les trouve pas, alors il se les figure tout près de lui, au grand bonheur de tous. 


La mythologie, ce n'est pas que des textes et des figurations, c'est tout un ensemble sémiologique, lequel englobe la danse, les rîtes, le théâtre, la musique, etc, c'est dominé par les arts. Et dans les arts, tout a un sens et un style, mais pas forcément une utilité directe, une fonctionnalité déterminée, une portée facilement accessible : c'est que les artistes font de leur art un petit jardin intime, même dans le cas où ils sont à la disposition d'une culture. C'est un carctère humain que de se créer des mystères : cela vaut bien mieux que de rester dans l'ignorance. 


Il vaut mieux chanter les louanges d'une chose imaginaire que de rester amorphe devant une chose réelle. La mythologie contribue à cette sensation de participer à quelque chose de sacré : et parfois, les auteurs, peut être un peu trop confinés dans leur rôle de sacralisateurs, portent-ils leur propre sensation aux nues. Mais pourquoi se contraindre dans une telle extase? 


Ce serait comme contraindre un jimmy hendrix de ne pas se taper son délire. Le mythe ne souffre pas la contrainte, il est basé sur une prouesse qui est elle-même une forme de libération, de fusion culturelle qui fait que le mythographe est lui-même un avatar de son propre mythe. 

Admettre la fatalité, la refuser et finalement, la sacraliser. 
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Mitra
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MessagePosté le: Sam 5 Fév - 10:32 (2011)    Sujet du message: Débat sur Les Mythes Répondre en citant

Magnifique analyse Dédale  Shocked Le mythe qui accompagne l'évolution de l' homme , lui permettant de le stimuler, de renforcer son impression de vivre quelque chose de sacré ou divin . Le mythe devait etre une sacré arme "poltique" pour qui savait la manier à l' epoque ?  C'est à la fois à double tranchant , un outil qui stimule le progrès humain, mais qui peut aussi l' asservir ? 

Tu dis qu'on peut comparer le mythe à l' architecture. Quelles sont justement les règles de construction d'un mythe Question Ces "canons" ont ils evolué au fil du temps Question Y avait il des ecoles "spécialisées" dans les mythes , leurs rédactions, leurs interpretation, leur diffusion.  QUels sont les mythographes le splus célèbres Question

Est ce que Mythes et religions rentrent en concurrence ou se complète pour les anciens Question
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 03:19 (2017)    Sujet du message: Débat sur Les Mythes

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